J’ai déménagé – quitter une île pour la métropole

Oui, c’est bien moi la première à toujours porter haut et fort les couleurs de La Réunion. C’est ma région, c’est mon île, c’est ma beauté, c’est ma passion, c’est ma fierté. Mais par amour, je l’ai quittée. Pour longtemps, ou moins longtemps, la vie nous le dira. Mais j’essaye de dire oui le plus souvent aux challenges que la vie met sur mon chemin, et je crois que là, c’en était bien un.

J’ai toujours vécu à La Réunion. J’y suis née, j’y ai grandi, j’ai fait mes études, j’ai travaillé, j’ai eu ma première voiture, et mon premier appartement. J’ai longtemps pensé à quitter l’île pour découvrir autre chose. Découvrir des choses que nous n’avons pas sur l’île, et qui, de ce fait, nous limite. Je pensais à des destinations folles et qui me faisaient vibrer: Le Canada (mon deuxième amour), l’Australie entre autres. J’avais même lancé ma demande de PVT pour le Canada. J’avais été tiré au sort deux mois avant toute cette folle aventure. Mais ce n’était peut-être pas le moment. En tous cas, une chose est sûre, ce n’était certainement pas la métropole qui  me faisait rêver, et je tenais toujours, qui revient à dire que la France Métropolitaine ne m’intéresse pas vraiment et que finalement, la misère est plus belle au soleil. J’ai toujours pensé que je n’aurais rien a y gagner.

Et pourtant, un matin de novembre, Chéri me la demandé: « tu veux venir avec moi en métropole? ». Un peu sous le choc, mon cœur s’est emballé. Sur le moment, j’aurais préféré qu’il me pose une autre question, un « tu veux venir avec moi au restaurant ce soir? » m’aurait bien plus aussi. Je n’ai pas su quoi répondre, sur le moment. Je venais de signer mon CDI, je venais de m’acheter une voiture toute neuve. Je venais de m’installer dans mon appartement. Je venais tout juste de décider de me poser pour avoir une vie stable. Madame Vie, parfois, vous met de ces défis dans le nez. Il m’a demandé d’y réfléchir, et d’en parler avec lui. Ce que j’ai fait.

C’est que ce n’était pas une question simple. Ca me demandait beaucoup d’engagements. Ce n’était pas venir en métropole quelques semaines, et rentrer. C’était plus que ça. Dans le genre, venir s’installer. Tout quitter et refaire sa vie, en quelque sorte. Je n’avais pas à me plaindre à La Réunion, je vivais plutôt bien. Alors pourquoi partir ? Pour Chéri, en quelques sortes, le chemin était tracé. Il avait une proposition d’emploi, il partait pour le boulot. Mais moi ? Moi, je partais pour le suivre. Et toutes les filles du monde auront au moins une fois dans leurs vies entendu ce discours qui veut que vous fassiez les choses pour vous et non pas pour votre amoureux qui est là aujourd’hui, oui. Mais qui sera-là jusqu’à quand ? Mes parents m’ont toujours éduqué pour que je sois une femme forte et indépendante. Que je ne dépende d’aucun homme et qu’aucun n’homme ne me brusque ou m’influence dans ma prise de décision concernant ma propre vie. Pour ça, je leur en serais éternellement reconnaissante. Et pourtant là, un homme était bien présent, et allait chambouler tout l’ordre de ma vie.

Les gens diront que j’ai été folle et aveuglement amoureuse pour répondre « oui » quelques jours plus tard. Et peut-être qu’ils ont raison. Mais j’aurais d’autres arguments, personnellement. Une chose est certaine, j’aurais fini par le regretter de ne pas avoir accepté cette proposition. D’une part, je l’aime! Alors à quoi bon la vie, déjà que ce n’est pas simple tous les jours, si en plus on doit s’auto-infliger des peines ? Continuer ma vie à La Réunion, toute seule, n’aurait tout bonnement pas eu de sens. Cela va vous paraitre gnan-gnan, ça m’aurait moi-même paru gnan-gnan quelques temps auparavant, et pourtant. Déjà je pouvais me permettre de quitter mon CDI. Je peux le concevoir, que certaines personnes ne peuvent pas tout quitter comme ça. Pour la deuxième fois de ma vie, j’ai pu le faire. J’aimais beaucoup mon boulot, mais Est-ce que ça voulait dire qu’en quittant celui-là, je n’en retrouverais plus jamais un autre à mon goût ? Non. Il se peut même que j’en trouve un nouveau que j’adore doublement. Et si je devais échouer ? Alors j’aurais au moins tenté. J’aurais vécu des choses mémorables. Car déjà, au bout de quatre mois ici, nous avons déjà vécu beaucoup de choses, différentes.

L’intégration aura été quelque chose! Il faut le dire, notre vie en métropole n’est pas la même qu’à La Réunion. Les premiers mois, ça a été difficile pour moi de trouver ma place. Pour chéri, c’était plus simple, il revenait chez lui, auprès de sa famille et de ses amis. Moi, je ne connais personne. Et parfois ça peut paraître effrayant de se dire que si jamais il devait m’arriver quelque chose, je suis presque seule sur tout le territoire. Je n’ai pas trouvé de travail durant les quatre premiers mois, et je me sentais comme n’étant personne. J’ai toujours eu l’habitude d’être super active, alors oui, me retrouver du jour au lendemain sans aucune occupation, il a fallu le gérer. La ville dans laquelle je suis n’est pas la plus animée de métropole. Ce n’est pas comme les grosses agglomérations où il y a toujours quelque chose à faire. Alors au début je me baladais, puis je m’enfermais chaque jour un peu plus à la médiathèque. Le piège, c’est de ne surtout pas tomber dans cette routine. Alors non, je ne me suis pas encore faite d’amies ici, et je n’ai pas retrouvé d’activité physique pour m’aérer l’esprit. Mais j’ai trouvé du boulot, je commence dans deux jours. J’espère alors pouvoir trouvé un nouvel équilibre, qui nous conviendra à tous.

Nous avons aussi eu quelques soucis lors de la recherche de logement. D’abord sans contrat de travail c’était compliqué. Ensuite nous avions un CDI pour deux. C’était déjà bien. Mais nouveau challenge: nous voulons du meublé. Et les meublés, ne courent pas les rues. Nous nous sommes tout bonnement mis à alterner les périodes de séjour chez les beaux-parents/séjour dans des petits meublés trouvés sur Le Bon Coin.

Alors non, la décision n’a pas été simple à prendre. Non, les débuts n’ont pas forcément été tout rose. Mais, jusqu’à aujourd’hui, je pense avoir pris la bonne décision. J’ai un super chéri qui est très présent et m’accompagne pas à pas dans cette nouvelle vie qui est la notre. Je sais au fond de moi que nous avons de très jolies choses à vivre ici également. Et nous savons aussi tous les deux que si un jour le mal du pays devait se faire sentir un peu trop, La Réunion ne bougera pas et des avions volent tous les jours pour la destinations.

N’arrêtez jamais de suivre cette petite voix qui vous souffle tout de l’intérieur.

Mit Liebe, E.

5 commentaires sur “J’ai déménagé – quitter une île pour la métropole

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