Hier, j’ai démissionné.

Hier, à 17H30 sonnait la fin de mes bons et loyaux services au sein d’une grosse entreprise que j’ai décidé de quitter. Un mois auparavant, ma lettre de démission avait été transmise aux services des Ressources Humaines. Ils m’avaient répondu qu’au 2 Octobre 2019 je ne ferai officiellement plus partie de l’effectif. Hier, j’ai démissionné, mais pourquoi cette décision ?

Finalement, je ne serai restée qu’un an et demi dans cette entreprise. Et avec le recul aujourd’hui, c’était évident dès le départ que je n’y aurais pas fait long feu. Reprenons les choses dans l’ordre. Il y a deux ans, je quittais l’île de La Réunion avec mon Chéri pour venir tenter l’aventure métropolitaine dans le sud de la France (j’en parle ici). Je m’étais toujours dit qu’en dehors de mon île, qui connaît actuellement un taux de chômage de 24% contre 9% en hexagone, il serait beaucoup plus facile de trouver du travail. Faux. J’ai réalisé une fois sur place, que cela dépend réellement de l’endroit où l’on se trouve. C’est très certainement la vérité dans les grandes villes, mais dès que l’on est dans un plus petit coin, la galère est la même (si ce n’est encore pire!) qu’à La Réunion. Nous vivions donc à Béziers, et j’ai passé six longs mois à envoyer désespérément, jour après jour, CV et Lettre de Motivation à moult et moult entreprises qui ne prenaient, neuf fois sur dix, jamais la peine de me répondre.

Je commençais sérieusement à perdre espoir, d’autant plus que mon Chéri était mon seul repère sur place. Je ne connaissais personne, ne sortais jamais car -excusez-moi pour les éventuels Biterrois qui liront cet article et se sentiront tout de suite vexés…- je ne trouvais pas la région vraiment attractive. Mon Chéri, lui, travaillait, donc j’étais seule du matin au soir, du lundi au samedi midi, et nous ne sortions prendre l’air que le dimanche.

Je n’avais jamais mis les pieds à Béziers avant d’y être avec mes valises pour potentiellement me poser. On m’avait simplement dit que c’est un coin touristique. Jackpot, pensais-je! Moi qui ai toujours travaillé dans le tourisme, ce sera un jeu d’enfant: RE-FAUX. Le tourisme ici est saisonnier. Je me voyais uniquement proposer des postes de réceptionniste en camping pour quatre à six mois maximum. Ce n’était vraiment pas ce que je voulais faire. Au bout de six mois sans rien, on m’a conseillé d’envoyer mon CV en banque, domaine qui recrutait pas mal dans le coin. Pourquoi pas, finalement ? A ce stade, je ne pouvais plus me permettre de faire la fine bouche. Après quatre entretiens différents dans une même structure, j’avais le poste. En CDI. Moi, qui n’y connaissais absolument rien à la banque. Tout s’apprend, vous me direz. Et effectivement, j’ai appris. Mais la vérité, c’est qu’il n’y a pas eu un seul jour où j’ai aimé ce que je faisais.

Plus les jours passaient, plus je devenais aigrie, au service direct de la clientèle. Je n’en pouvais plus des Êtres Humains. Je n’en pouvais plus de prendre la colère des gens, d’être le punching ball de tous. De devoir répéter inlassablement la même chose. De me faire insulter ou raccrocher au nez. De faire semblant d’avoir envie d’écouter les gens me raconter leurs vies. En banque, avant d’être une personne, vous représentez une entité. Et j’avais beaucoup de mal avec ça, malgré mes efforts pour ne rien prendre personnellement. Par les temps qui courent, la majorité pensent que les banques sont des voleurs. Je ne donnerais pas mon avis là-dessus, en revanche, parfois j’avais la franche impression que c’était moi, la voleuse, et que les gens m’en voulaient à moi. J’ai appris en revanche énormément de choses, pour ma culture, ou qui me serviront très certainement plus tard. En terme de fiscalité, d’assurance, de succession, etc. Et tous ces domaines là sont très enrichissants. Et mes collègues les plus passionnés m’ont aussi beaucoup apportée en terme de connaissances. Seulement voilà, je ne me voyais pas en faire moi-même mon métier, en conseillant les autres à ce niveau là. Je n’ai pas choisi de démissionner à cause de l’ambiance, où des responsables, ou des collègues. Non, j’ai décidé de partir car ce n’est pas un métier qui me correspond, ni un domaine dans lequel je me vois évoluer. Et tout cela est bien sûr entièrement personnel. Et oui, évidemment aussi que j’ai eu dans le lot des clients adorables, que je n’oublierai sans doute jamais, qui ont un passé ou un vécu tellement touchant et qui m’ont fait suffisamment confiance pour m’en parler. J’en ai eu des comme ça aussi. Mais le fait est que lorsque je fais le bilan de tout ça, et lorsque je mets dans une balance d’un côté le bon, et de l’autre le mauvais, devinez où ça penche ? Lorsque le bon n’est pas assez lourd pour vous faire suffisamment relativiser pour continuer, ce n’est pas très bon signe.

Dieu merci, j’ai passé une grande partie de mon temps chez eux avec une collègue formidable, qui voyait les choses exactement comme moi. J’avais l’impression d’être moins seule, d’être aussi moins folle! Car dans mon entourage, tous avaient pour avis que ce devait être une vraie chance de travailler en banque. C’est vrai que ça donne un air important…Il faut avancer avec son temps chers amis! Elle est finie cette époque où le banquier était quelqu’un de respecté et d’honorable, en qui le peuple avait confiance.

En Août dernier, j’ai pris trois semaines de congés, nécessaires à ma tête, mon corps et mon esprit. J’ai pu souffler, dormir, sortir. Et la reprise, a été terrible. C’est comme ça pour tout le monde, de toute façon, on a tous plus ou moins de mal à reprendre. Mais moi, ça a duré des semaines. Des semaines à être un zombie, à errer dans l’agence, avec pour seule compagnie, un auxiliaire d’été. On m’avait proposé une (petite) promotion pour Septembre, et bien que ce soit toujours très gratifiant, ça ne me faisait pas sauter au plafond. Pire, j’angoissais, rien qu’à l’idée de penser qu’évoluer me ferait m’ancrer encore davantage dans ce domaine que je souhaitais quitter. Je pense que ça a été l’électrochoc. Il me fallait partir. Ce n’est pas ça la vie. Ce n’est pas comme ça que je souhaite vivre. Ce n’est pas en étant à ce point défaitiste et malheureuse dans mon travail, que je pourrais survivre les quelques quarante prochaines années. Cela n’a pas de sens.

C’est comme ça qu’un matin de Septembre, j’ai pris mon courage à deux mains, et j’ai fait part à mes managers de ma décision de partir. Ca a été un choc pour eux aussi je pense, tout comme pour mes collègues. Mais à un moment, il faut aussi penser un peu à soit et à ce que l’on veut. Est-ce que j’ai des plans ? D’autres propositions de travail ? Oui et non. Mais j’ai encore cette chance inouïe, qui est que pour l’instant, je peux encore me permettre de partir comme ça. Car je n’ai pas d’engagement, pas d’enfant. C’est un luxe que je sais beaucoup d’autres n’ont pas. Mais à ceux-là, vraiment, ne vous sentez pas coincés. Il y a toujours, toujours une solution pour quitter son travail: à travers une autre formation, en cherchant une porte de sortie en même temps, en tentant d’obtenir une rupture conventionnel, etc. Il faut parfois juste avoir un peu confiance en soi, et savoir ce qu’on veut ou pas pour sa propre vie.

Mes collègues et supérieurs, une fois ma décision prise, ont été vraiment coopératifs. Ils ont su m’accompagner, m’aider et m’écouter au mieux. On a même pris le temps de faire un petit pot de fin, avec tout le monde, et ça vraiment, ça fait chaud au cœur, en plus de tous les petits mots reçus que je garderais bien précieusement le plus longtemps possible. Et ceux-là même qui me manqueront certainement le plus.

Mit Liebe, E.

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