Le Canada, où en sommes-nous ?

J’ai volontairement longtemps traîné pour écrire cet article. Certainement parce que je ne voulais pas accepter la vérité. Parce que mettre des mots sur ce qu’il se passe, c’est devoir avouer que l’on a perdu, échoué, et que peut-être mon rêve par en éclats. Car oui, l’expatriation au Canada c’est pour moi un rêve depuis de longues années! Très exactement depuis 2013, après un stage de quelques mois à Toronto. Amis lecteurs, afin de vous remettre dans le contexte, et de mieux comprendre mon récit, je vous invite à relire mes trois précédents articles sur le Canada: Projet Canada 2020, Le PVT Canada lorsque l’on est en couple, enfin, L’étape des données biométriques. Comme ça, je peux vous expliquer clairement, sans que vous soyez perdus, les avancées du projet Canada 2020.

C’est avec beaucoup de regrets, d’amertume et de tristesse que je dois dire aujourd’hui qu’il n’y a plus de projet Canada 2020. Pourtant, nous étions bien partis, mon chéri avait en Février 2019 obtenu tous les documents nécessaires à l’obtention de son permis de travail. Il ne lui manquait plus qu’à aller sur le territoire pour l’activation de ce dernier, avant Février 2020. Moi, en revanche, on était toujours dans l’attente que je sois tirée au sort. Pour rappel, le Permis Vacances Travail (PVT) est individuel, et ne s’obtient que sur tirage au sort. Chaque lundi, jour des tirages au sort, nous étions sur le qui-vive, à espérer que je reçoive la précieuse invitation à présenter une demande dans ma boîte mail. On y croyait, vraiment, de tout notre cœur.

Puis passe un lundi, puis deux, puis trois, puis nous voilà déjà au mois de Juillet. Il faut se l’avouer malgré tout, plus les mois passaient et plus la déception était grande, en plus des questions qu’on se pose. Je lisais des tonnes de textes sur « comment aller au Canada avec un seul PVT lorsque l’on est en couple« . Ce sont exactement ces mots que je tapais sur Google. Je ne voulais pas, ne pouvais pas, m’avouer vaincue. Alors il y avait quelques options: aller en tant que touriste, et illégalement chercher du travail sur place, au risque de se faire prendre et de se voir refuser complètement l’entrée sur le territoire pour une durée indéterminée. Ou y aller en tant que touriste, et essayer d’avoir un permis de travail ouvert, en tant que conjoint de fait. En quelques mots, cela signifie qu’il faut prouver que vous soyez en couple avec la personne qui a un permis de travail (que ce soit par des factures, un bail commun, à défaut de ne pas être marié(e) à cette personne). Puis, faire ce que l’on appelle « Le tour du poteau », afin de faire valider le permis de travail de la personne en visa touriste. J’avais plutôt misé sur cette option.

Cependant, je n’étais pas encore très bien renseignée. Alors nous avons décidé de nous inscrire avec mon chéri à un forum sur l’immigration Canadienne qui avait lieu à Toulouse (mais qui a aussi lieu à Lyon et à Paris, et que je recommande fortementau passage). C’est gratuit, et plusieurs experts en immigration sont présents afin de répondre à vos diverses questions. C’est fort intéressant pour ceux qui sont un peu perdus, ou qui comme nous se retrouve un peu dans une impasse. Nous voulions y aller afin de demander concrètement quoi faire dans notre cas, et surtout, savoir si cette histoire de conjoint de fait pouvait s’appliquer à moi.

Nous avons donc profité pour faire un week-end à Toulouse, ville qui m’était inconnue. C’était la période des Gilets Jaunes, alors ça a été un peu sport de visiter les différentes attractions tout en essayant d’éviter d’être gazés par les CRS. Mais nous savions pertinemment que cette rencontre avec ces experts, allait en quelques sortes déterminer notre sort. Nous nous étions de toute façon fixé un ultimatum avec mon chéri. C’était soit le Canada, soit le retour au pays, si le Canada devait ne par marcher. Mais dans tous les cas, nous ne serions pas restés dans le Languedoc, à vivre une vie qui ne nous convenait pas, ni lui ni moi. Alors vous imaginez que pour moi, c’était tout sauf un week-end détendu, d’autant plus que la rencontre était prévu pour le dimanche après-midi à 15h!

Mon chéri était à l’époque chauffeur routier. Et c’est la dedans qu’il souhaitait continuer au Canada, avec ses étendues de paysages, ses bolides, ses parcours. Ce que je savais, sans vraiment avoir creusé à l’époque, c’est qu’au Canada, les métiers sont répertoriés par catégorie: A, B, C, O. Les catégories déterminent si le métier exercé est technique, requiert un certain niveau d’études, fait parti des métiers très recherchés dans le pays, etc, etc. Et ce que les experts nous ont appris en ce dimanche, c’est que si notre conjoint exerce un métier de la catégorie C, alors il nous est impossible de demander un permis de travail ouvert lié à notre partenaire, en tant que conjoint de fait. Alors, je ne saurais plus vous expliquer pourquoi cette catégorie précisément, mais ce que je sais, c’est qu’à l’annonce de cette nouvelle, j’avais compris que c’était fini. Et qu’il me faudrait vraiment commencer à réaliser cette chose. Parce que oui, chauffeur routier au Canada fait parti des métiers de la catégorie C, et ça, nous l’avons subitement appris.

Vous vous douterez, ma déception a été immense. Mon chéri, plus positif, a bien tenté de me réconforté en me disant qu’on échange le Canada pour une île tropicale, ce qui est vrai, et ce dont je suis vraiment reconnaissante. Mais en même temps, je portais ce rêve à bout de bras depuis 2013, alors ça a été un peu dur à encaisser. J’ai toujours rêvé être une expatriée, et j’avais rêvé de cette vie Canadienne, qu’importe si elle devait durer 10 mois ou 10 ans.

Notre entourage nous encourageait à recommencer. Après tout, on avait rien à perdre. Malheureusement, lorsqu’on l’on est tiré au sort un première fois, et qu’on fait toutes les étapes afin de valider ce PVT de l’inscription jusqu’aux données biométriques, et même si finalement on ne met pas un pied sur le territoire, on ne peut plus se présenter à une seconde demande. Alors quand bien même, je me serais ré-inscrite, mon chéri n’aurait pas pu être de nouveau tiré au sort. L’autre option qui était de partir quand même, de valider le PVT de mon chéri, de m’inscrire à la session suivante, partir avec Visa Touriste et espérer être tirée au sort durant les six de validité de mon visa, je trouvais ça bien trop risqué. Déjà financièrement, car cela aurait voulu dire que seul mon chéri aurait pu travailler et aurais du avec un seul salaire subvenir à nos besoins communs. Nous serions partis avec quelques économies, mais certainement pas suffisamment pour tenter cette option là. Et puis si je n’avais de nouveau pas été tirée au sort dans ce délai de six mois, il nous aurait fallu rentrer, les bras ballants, après avoir fait tant d’effort. Car on ne s’en doute pas, mais ça demande beaucoup d’énergie, sans compter la charge émotionnelle d’être aussi peu sûre de son avenir, avec tant de projets en suspens.

Alors voilà, ce ne sera pas le Canada, mais bien un retour à La Réunion. Aujourd’hui nous y sommes, nous avons de nouveau posé nos valises, j’ai retrouvé un boulot qui me plaît, mais je repense constamment au Canada. Je sais que dans 10 ans, ce regret sera encore bien présent. Mais j’ai tendance à beaucoup faire confiance à la vie, et peut-être que vraiment rien n’arrive au hasard. Et que si le Canada n’a pas marché, c’est qu’il y a bien une raison. Peut-être que ça doit arriver plus tard dans mon chemin de vie. Ou peut-être que des choses extraordinaires nous attendent encore mon chéri et moi là où nous sommes aujourd’hui. Je continue à suivre tous ces expats sur Instagram, je continue de suivre avec passion leurs avancées, à m’émerveiller des images qu’ils partagent. J’ai pourtant tendance à dire qu’il faut croire en ces rêves, et vraiment je vous invite à le faire. Moi je n’oublie pas le Canada, mais je le mets dans un autre coin de ma tête, pour plus tard.

Mit Liebe, E.

2 commentaires sur “Le Canada, où en sommes-nous ?

  1. Merci 🙂 La Canada est tellement beau et la vie y est tellement belle ! Si tu as l’occasion d’y aller, je te dirais de foncer ahah, n’hésite pas si tu as ds questions, j’y répondrai avec grand plaisir !

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  2. J’ai découvert ton blog par hasard et j’aime beaucoup tes articles !
    De nombreux sujets me parlent !
    Avec le confinement j’ai d’avantage réfléchi à la possibilité d’aller au canada avec mon chéri (lui est très motivé, et moi moins car j’ai peur de l’inconnu). C’est intéressant d’avoir ton point de vue sur un « échec » en PVT avant de se lancer nous aussi dans ce projet.
    Merci de partager tout ça en tout cas 🙂

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